Prix Mama EWASO : Quand Ucofem rend hommage à cette icône de la presse congolaise

Le prix Maman Ewaso va récompenser chaque année les femmes, les hommes, les institutions qui vont se distinguer par rapport à la question de la femme congolaise
Le prix Maman Ewaso va récompenser chaque année les femmes, les hommes, les institutions qui vont se distinguer par rapport à la question de la femme congolaise

La bibliothèque du centre Wallonie Bruxelles a été prise d’assaut le mardi 06 mars pour assister à la remise du prix « Mama Ewaso» qui rend hommage Catherine Ekwayolo, dit Mama Ewaso, ancienne chroniqueuse à la Radio Nationale Congolaise qui a fait la pluie et le beau temps de la presse congolaise. 

L’activité a été organisée par l’Union Congolaise des Femmes des Médias en marge de la journée internationale de femme célébrée le 08 Mars de chaque année. Pour L’Ucofem, primer Maman Ewaso s’inscrit dans le cadre de l’une de ses missions principales à savoir : valoriser et promouvoir le travail, les droits de la femme. Pour y arriver, UCOFEM a pensé à discerner des prix de mérite aux femmes, mais aussi aux institutions qui se distinguent dans leurs efforts d’intégrer le Genre. C’est ainsi que la structure a mis sur pied un laboratoire qui se consacrera à l’étude des médias et de représentation sociale. Cela fait partie de son programme Genre et Médias, mené depuis 2016. 

Le prix Maman Ewaso dont il est question ici va commencer à être décerné l’année prochaine aux femmes, aux hommes, mais aussi aux institutions qui vont se distinguer par rapport à la question de la femme. Pour la Professeure Arlette Masamuna, ce prix est un moyen pour dire au monde entier que les femmes peuvent se mettre ensemble, elles peuvent se soutenir et peuvent aussi être solidaire. 

L’hommage que L’UCOFEM  rends à cette pionnière de la presse congolaise est une façon de réécrire l’histoire, de modifier les perceptions que les gens ont des femmes. C’est aussi une façon d’exprimer la solidarité à la génération de ces femmes qui ont été pionnières, mais qui pour la plupart ont quitté ce monde. 

Maman Ewasso recevant un présent d'Ucofem
Maman Ewasso recevant un présent d’Ucofem

Les Médias et Image de soi   

L’activité du centre Wallonie Bruxelles s’est inscrite dans le cadre du colloque organisé par l’Union congolaise des femmes des Médias en partenariat avec l’Université Pédagogique Nationale, UPN, et le centre Wallonie Bruxelles dont le thème tournait autour des « Médias et l’image de soi ». Avant la consécration du prix Mama Ewaso, l’assistance a suivi un exposé sur l’image de soi fait par Viviane Konigs, conseillère en Relooking et image de soi. Elle a prodigué des conseils pour avoir une bonne allure en tout temps. Viviane Konigs a une maison basée en Belgique pour porte son nom. Son objectif est de donner aux gens la possibilité d’avoir toujours une bonne apparence. 

La première journée du colloque a s’est déroulé le lundi 05 mars dans la salle cadette de l’UPN. La conférence était animée par le Professeur François-Xavier Budim’bani qui a axé son speech sur « la théorisation et l’application dans le changement des perceptions sociales sur la femme ». Il a démontré qu’il y a certains facteurs qui font que la femme ne puisse pas avancer. Illustration faite de l’estime de soi et l’image négative que certains font de la femme alors que celle-ci doit être valorisée en rapport avec ses droits.

A son tour, la professeure Arlette Masamuna, qui a succédé à la tribune, a parlé des « contraintes culturelles et  la valorisation de soi ». Elle a démontré qu’il y a certaines coutumes qu’il faut conserver et d’autres non par leurs caractères discriminatoires à l’égard de la femme et en contradiction avec les lois du pays. Ces coutumes selon elle constituent un frein à l’épanouissement de la femme. 

Un troisième intervenant, le professeur Prosper Kubarika qui a axé son intervention sur « l’écriture romanesque à la rescousse du changement des perceptions sociales sur la femme ».  Il a démontré l’importance du roman qui selon lui fait aussi parler de la femme. Raison qui le pousse à retracer l’histoire de certaines femmes qui ont combattu pour la promotion de leurs droits.  

La professeur Angélique Sita de l’Université de Kinshasa a, quant à elle, parlé de « l’apport du droit dans la promotion de la femme au regard de l’image de soi et des perceptions sociales ». Elle a indiqué qu’il y a plusieurs lois élaborées en faveur de droits des femmes, à l’exemple de la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard de la femme.  Elle a fait également mention de la Constitution de la RDC qui consacre le principe de la parité femme-homme en son article 14 la loi sur les droits des droits des femmes et la mise en œuvre de la parité.

Par ailleurs, la professeure Sita a déploré l’épine contenue dans la loi électorale adoptée récemment qui entre en contradiction avec l’ancienne, car elle met la femme dans une même situation que les personnes vivant avec handicap alors que la femme n’est pas une personne vulnérable, mais doit être prise au même pied d’égalité que l’homme.

Contente de la réussite de ses deux journées, Madame Anna Mayimona Ngemba, Directrice Exécutive de l’Union Congolaise des femmes des médias, UCOFEM, s’est dit heureuse. « Nous avons beaucoup appris sur l’image de soi et comment on peut travailler sur cette image particulière de la femme. Et nous avons suivi à travers différents exposés la place du roman dans le changement que nous voulons voir dans la femme ; le droit et la promotion de la femme ; comment faire face aux contraintes culturelles pour valoriser cette image. Nous sommes convaincus que toutes ces interventions nous ont aidé à comprendre l’importance du changement afin d’agir autrement dans l’avenir », a-t-il conclu.    

Qui est Catherine Ekwayolo «Maman Ewaso» ? 

De son vrai Nom Annie Francisca Ekwayolo Bibi, âgée de 81 ans, cette année, est une bibliothèque vivante. C’est une ancienne journaliste-animatrice et productrice d’émissions Radiotélévisées à la RTNC, avec une ancienneté de plus de 50 ans dans le secteur médiatique.  Maman Ewaso est une Kinoise née. Elle a fait ses études primaires dans la capitale, ancienne lycéenne de Saint pierre dans la commune de Kinshasa. Selon son propre témoignage, elle était beaucoup appréciée par ses professeurs car elle était une fille docile et intelligente. 

Pour cette octogénaire, le journalisme d’animation est avant tout un cadeau du ciel. Pour cette fervente chrétienne, c’est Dieu qui lui est apparu en songe pour lui dire d’aller postuler pour un poste d’animatrice à la Radio Nationale Congolaise. Le jour de son entretien, ils étaient à quatre avec Annie Diakesse, Bernadette Kanku et Joseph Kankeza. Elle a été retenue pour présenter les émissions en lingala. Ses toutes premières prestations remontent en 1961. Elle y a trouvé maman Pauline, Abongi Collette,  Mombila Louise, Mananga Joséphine, Djamani Gertrude et autres. Ce sont ces personnes qui l’ont accueilli et encadrer dans le métier. Son travail à la Radiotélévision nationale congolaise consistait à présenter les émissions : « Disque demandé », «Mituna pe biyano», les avis de recherche ainsi que les nouvelles en Lingala.  

A son arrivée à la RTNC, elle se fait remarquer par son courage et son dynamisme. C’est ainsi qu’elle fut sollicitée pour tourner la publicité d’une lessiveuse par une savonnerie de la place. Elle est donc la première femme à figurer dans une production publicitaire. Ça sera un début d’une longue carrière dans l’animation, la production et même le théâtre et des sketchs dans la revue Lokole et dans « Cabaret de la semaine ». Elle a joué et interprété ces rôles jusqu’à la fin des années 1974. Signalons qu’à l’époque où Annie Francisca Ekwayolo a commencé, il n’y avait pas encore la télévision, tout se faisait à la Radio. Par ailleurs, Annie Francisca Ekwayolo sera débaptisée « Maman Ewaso» par l’un de ses collègues de service Molangi ya Pembe. Ewaso, synonyme d’une belle femme, bien éduquée et instruite, mais surtout femme possédant une belle voix. Outre ses qualités d’animatrice, Ewaso était aussi institutrice. C’est à ce titre qu’elle a été sollicitée par les sœurs religieuses de l’école conventionnée catholique lycée Toyokana pour animer des séances de causerie éducative et morale à l’intention des Lycéennes.  

Aujourd’hui, cette doyenne de la presse conseille aux femmes  de lui emboiter le pas, d’être sage, respectueuse et surtout de respecter leurs ainés, d’aimer le travail et de l’exercer avec dévouement et passion.